« La personne malade doit pouvoir se réapproprier ce corps malmené par la maladie et les traitements. »

« La personne malade doit pouvoir se réapproprier ce corps malmené par la maladie et les traitements. »

Le 21 mai, à l’occasion de la deuxième journée du C2DS dédiée aux médecines alternatives et complémentaires (MAC) dans les établissements de soins, Armelle Simon présentait le développement des thérapies complémentaires au Centre hospitalier Universitaire de Nantes. Infirmière, sophrologue et praticienne en toucher-massage, elle détaillait également son travail de recherche sur le toucher-massage, réalisé au sein du CHU, qui a bénéficié d’un financement de 50 000 euros suite à un appel d’offre interne pour un travail paramédical.

Mme Simon, pouvez-vous nous détailler votre parcours ?

« Après un exercice infirmier de huit ans en cancérologie, soins palliatifs et unité d’évaluation et de traitement de la douleur, j’exerce depuis 2009 au CHU de Nantes, au sein du centre fédératif douleur, soins de support, soins palliatifs, éthique clinique et thérapies complémentaires du Professeur Julien Nizard. Ce poste transversal est exclusivement dédié aux soins infirmiers de sophrologie et de toucher-massage. J’interviens entre autres dans les services de cancérologie, hématologie et soins palliatifs.

Mon mémoire de fin d’études, consacré au toucher-massage auprès des patients en fin de vie, puis ma formation diplômante en sophrologie et en toucher-massage m’avaient déjà donné des outils complémentaires. Au CHU, j’ai d’emblée posé un cadre rigoureux pour anticiper d’éventuels freins liés aux thérapies complémentaires : expliquer mon action, en assurer la traçabilité, produire un bilan d’activité exhaustif et initier un travail de recherche pour mesurer scientifiquement les effets de ces approches complémentaires que sont la sophrologie et le toucher-massage. J’ai pu trouver ma place, grâce à ma connaissance des pathologies mais aussi du fonctionnement et des contraintes d’un service hospitalier. Rapidement, j’ai reçu le soutien du corps médical et des personnels paramédicaux. »

Sophrologie, toucher-massage… Pouvez-vous nous éclairer sur ces nouvelles pratiques et leur application auprès des patient(e)s ?

« La sophrologie est un ensemble de techniques de relaxation dynamique, transmises à la personne malade afin qu’elle puisse ensuite les utiliser en autonomie en cas d’anxiété, d’insomnie, de douleur, ou pour se préparer à un geste médical invasif par exemple.

Le toucher-massage est une technique corporelle qui utilise des gestes doux, pour accompagner le patient afin de le détendre de le relaxer, et lui permettre de se réapproprier son schéma corporel malmené par la maladie et les traitements. En hématologie, cela permet aux patients qui restent isolés plusieurs semaines en chambre stérile de ressentir leur corps autrement qu’à travers les gestes techniques de soins, et de bénéficier d’une écoute qui n’est pas centrée sur la maladie.

Le toucher-massage est utilisé en complément de la sophrologie, qui nécessite un travail de concentration, exercice difficile dans les périodes de grande fatigue des patients. »

Quelles sont vos perspectives ?

« Je publierai prochainement les résultats d’un travail de recherche sur cette thématique. Pour donner plus de légitimité à ces nouvelles pratiques, j’ai voulu évaluer leur efficacité et proposer un protocole de soins. Cette étude, randomisée, contrôlée, s’intitule « TANDHEMS » :

Le toucher-massage contre l’anxiété en hématologie stérile ou l’impact de la pratique du toucher-massage sur l’anxiété des patients atteints de pathologies hématologiques graves hospitalisés en secteur protégé ». J’ai pu bénéficier d’un financement du CHU, qui a également mis à ma disposition statisticiens et attachés de recherche clinique. –

Comment pouvez-vous développer ces approches auprès des autres professionnels de santé ?

« Je suis également titulaire d’un Master II en sciences de l’éducation, et j’anime des formations au toucher-massage à destination des professionnels du CHU de Nantes, qu’ils soient brancardiers, infirmiers, aides-soignants, puériculteurs, sages-femmes. Cette formation, qui utilise un dispositif pédagogique de simulation en santé recommandé par la HAS, est labellisée par l’ARS des Pays de la Loire depuis Décembre 2016. Redonner du sens à leur pratique, en les ramenant au cœur du soin, c’est aussi prendre soin de nos collègues qui peuvent alors débattre de leurs valeurs soignantes communes grâce au dispositif. En 2012, je leur avais par exemple proposé des ateliers de sophrologie et des pauses-massage, dans le cadre de la prévention des risques psycho-sociaux.

J’interviens également dans les instituts de formation initiale, auprès des futurs professionnels de santé : aides-soignants, infirmiers, masseurs-kinésithérapeutes, etc. Je tiens beaucoup à la transmission des savoirs professionnels : j’ai donc décidé d’y consacrer mon nouveau projet de recherche ! »

« C’est adorable, magnifique, tendre… » confie une patiente, très émue, à la fin d’une séance. Sophrologie et toucher-massages ne sont pas à proprement parler des « médecines alternatives », mais bien des thérapies complémentaires à la prise en charge médicale. Par le souffle, par la peau, elles permettent au personnel paramédical de contribuer à l’essor de nouvelles pratiques au sein des services de soins, pour le plus grand bénéfice des patients.

Pour rappel, la première journée du C2DS sur les MAC, en novembre 2016, avait permis de dresser l’état des lieux des différentes pratiques.