L’association SPS défend la santé des professionnels en santé

Catherine Cornibert, docteur en pharmacie, dirige les actions de communication de l’association SPS et répond à nos questions.

Présentez-nous SPS…

Créée en novembre 2015 à l’initiative d’un groupe
d’experts qui souhaitait défendre la santé des professionnels en santé,
l’association Soins aux Professionnels en Santé (SPS) a mis en place un
dispositif complet pour prévenir l’épuisement professionnel, repérer les
professionnels en souffrance, les soutenir, les accompagner, les orienter.

Face au burn-out,
aux conduites addictives, au risque suicidaire, nous voulions susciter une
véritable prise de conscience et proposer rapidement des actions concrètes.
Nous avons d’abord mis en place la plateforme nationale d’écoute SPS (0805 23
23 36) qui permet à tout professionnel en santé de parler avec un psychologue
spécifiquement formé, 24h/24 et 7j/7. À ce jour, nous avons eu plus de 3 300
appels. Cette plateforme a un cahier des charges reconnu par la stratégie
nationale d’amélioration de la qualité de vie au travail des professionnels de
santé, lancée par le ministère de la Santé en mars 2017.

Il s’agissait ensuite d’orienter au mieux les appelants.
Nous avons donc développé le premier réseau national du risque psychosocial, en
partenariat avec le réseau Souffrance et Travail, le service de santé des
Armées et le réseau Morphée. Ce réseau est composé de psychologues, médecins
généralistes et psychiatres qui proposent des consultations physiques aux professionnels
en santé en souffrance. Enfin, nous avons mis en place des structures d’accueil
dédiées en région pour permettre aux professionnels en santé rendus vulnérables
d’avoir une prise en charge hyperspécialisée, intensive et rapide. Huit unités
sont déjà ouvertes en France.

Soigner les
soignants, c’est une priorité ?

C’est surtout une urgence. Juste après notre quatrième colloque, le 5 décembre 2018, nous avons dévoilé les résultats de la grande enquête « Carnet de santé » réalisée par Odoxa, et menée conjointement avec la Mutuelle Nationale des Hospitaliers, l’Université de Bourgogne-Franche-Comté et SPS. 6 000 professionnels médicaux et paramédicaux se sont exprimés sur leur état de santé. Les résultats sont édifiants. Qu’il s’agisse de troubles du sommeil, d’addictions, de burn-out, ou d’une hygiène de vie négligée en raison de leur activité professionnelle, tous sont concernés : médecins, dentistes, pharmaciens, kinés, étudiants, infirmiers, aides-soignants… Ces deux dernières catégories de personnel sont les plus exposées.

38 % des personnels hospitaliers ont été malades au cours
des deux mois précédant l’étude, presque deux fois plus que la population
générale. Deux soignants sur cinq et surtout six médecins sur dix n’ont pas de
médecin traitant. Nombreux sont ceux qui ont des comportements à risque : un
médecin sur dix consomme de l’alcool quotidiennement et trois sur dix plusieurs
fois par semaine.

12 % des soignants fument quotidiennement, prévalence qui double chez les infirmiers et aides-soignants. Plus d’un tiers des soignants n’a aucune activité physique régulière. De même, les professionnels de santé s’alimentent mal : 37 % des soignants prennent exceptionnellement ou voire jamais un repas assis. Encore plus préoccupant, le surmenage qui guette les professionnels en santé, puisque près de six soignants sur dix travaillent le week-end (neuf sur dix pour les infirmiers et aides-soignants). Environ un quart des professionnels de santé a des troubles du sommeil quotidien, et la moitié en souffre au moins une fois par semaine. Et pourtant… Les professionnels de santé bénéficient de deux fois moins de journées d’arrêt de travail que la population. Ajoutons à cela les facteurs de stress qui rendent le quotidien des professionnels difficile, dont le travail « empêché », lorsqu’ils sont dans l’incapacité de pouvoir exercer correctement leur travail ou gérer les comportements des patients (agressivité, insultes, manque de considération). Un constat inquiétant, qui incite SPS à concentrer, maintenant, ses efforts sur la prévention.

Parlez-nous
des JADES…

Les Journées d’Ateliers Dynamiques et d’Échanges (JADES)
font partie de notre programme de formation et de prévention. La première a eu
lieu le 13 mars à l’Institut Mutualiste Montsouris et huit autres dates sont
déjà prévues en 2019. L’objectif est de proposer à tous ces professionnels un
choix de trois ateliers d’1 heure chacun, parmi douze au total, structurés
autour de quatre thèmes :

  • La gestion du stress peut être abordée sous l’angle de l’hypnose ou du mindfullness, par exemple.
  • Concernant l’hygiène de vie, les ateliers peuvent porter sur l’activité physique, le sommeil, l’alimentation, les addictions, etc.
  • Le troisième thème « management et coaching » est surtout destiné aux directeurs de pôles ou structures de santé : le management influe directement sur la QVT et sur la qualité des soins.
  • Enfin le quatrième thème porte sur la prévoyance.

Ces journées sont gratuites pour les adhérents de SPS.
Elles se déroulent au sein des établissements de santé. Cela permet de toucher
directement les soignants qui ont du mal à se libérer, mais tous les
professionnels de santé du secteur peuvent y participer. En fait, ces
formations sont un prolongement logique d’une politique de QVT car elles
donnent des outils pour améliorer la qualité de vie globale des professionnels.
Les intervenants sont tous des « pointures » dans leur domaine et connaissent
parfaitement les métiers de la santé. Le programme des JADES a d’ailleurs été
validé par le comité scientifique du Service de Santé des Armées : toutes les
techniques montrées sont réputées pour leur efficience, qu’il s’agisse de
gestion du sommeil ou d’autodéfense.

Les premières JADES ont lieu en
Île-de-France car nous avons un partenariat avec l’ARS et le Conseil Régional.
Des négociations sont très avancées avec plusieurs autres ARS dont l’ARS
Grand-Est, Pays-de-la-Loire, Bourgogne-Franche-Comté et Bretagne pour étendre
notre déploiement dès 2019. Nous pouvons organiser une JADES à partir d’un
groupe d’environ 100 participants. Si un établissement veut pouvoir en
bénéficier, il lui suffit de disposer d’une salle plénière et de trois ou quatre
petites salles de sous-commission pour mettre en place les différents
ateliers…

Pour toute
information sur les JADES, consulter https://www.asso-sps.fr/jades.html