À Valenciennes, la dialyse passe au vert !
Et si une simple dispute à la maison pouvait déclencher une petite révolution à l’hôpital ? C’est presque ainsi qu’est née l’éco-dialyse à Valenciennes, raconte le Dr Rémi Brasme, néphrologue : « Tu prends trop de bains, pense à l’environnement ! m’a lancé ma conjointe ». Le médecin fait alors un rapide calcul mental : un bain, c’est environ 150 à 200 litres d’eau. Or en dialyse, l’eau coule à raison de 500 ml par minute. En quelques minutes, un seul traitement consomme déjà plus qu’une baignoire. La prise de conscience est immédiate.

Les chiffres donnent le vertige. Un patient dialysé consomme chaque année autant d’énergie qu’un foyer et près de 250 litres d’eau par séance. Trois patients traités dans une journée utilisent ainsi l’équivalent de l’eau consommée quotidiennement par cinq adultes.
Côté déchets, le constat est tout aussi frappant : deux patients dialysés produisent à peu près autant de déchets qu’une personne sur une année entière. Emballages plastiques, tubulures, compresses, poches de solution… la dialyse est l’un des soins les plus gourmands en ressources.
Une “Green Team”
À Valenciennes, la réponse a été collective. Première étape : réunir une “Green Team”, une équipe réunissant médecins, infirmiers, pharmaciens, logisticiens et responsables du développement durable. L’objectif ? Repérer les gestes inutiles et trouver des solutions concrètes. Trois priorités ont rapidement émergé : l’eau, les consommables et l’énergie.
Certaines mesures relèvent simplement du bon sens. Par exemple, réduire le débit du dialysat – le liquide utilisé pour filtrer le sang – de 500 à 400 ml/min. Les études montrent que la qualité de la dialyse reste similaire, avec parfois seulement quelques minutes de séance supplémentaires. Résultat : des dizaines de litres d’eau économisés à chaque séance.
Autre idée toute simple : remplacer les poches de solution de 5,5 litres par des poches de 3,8 litres, mieux adaptées aux besoins réels. Moins de liquide gaspillé, moins de plastique… et même moins de troubles musculo-squelettiques pour les soignants qui manipulent ces poches plus légères.
Le service a aussi revu ses kits de soins : moins de compresses, suppression de certaines surblouses et tri plus strict des déchets. Chaque patient dispose désormais de sa propre couverture réutilisable, rangée dans un casier, plutôt que d’utiliser du linge jetable.
La transformation est aussi numérique. Le service a supprimé presque entièrement les dossiers papier et développé la téléconsultation, notamment pour le suivi de certains patients. Une solution qui limite les déplacements, particulièrement nombreux en dialyse.
Même l’énergie est passée au crible : éclairage LED, détecteurs de présence, optimisation du chauffage ou encore dialyse légèrement plus fraîche en été pour éviter les ventilateurs.
Une dynamique qui fait école
Trois ans après les premières réflexions, les deux centres de dialyse de Valenciennes ont obtenu un label “Unité durable et engagée”. Mais pour l’équipe, l’essentiel n’est pas la récompense. « Le plus difficile, ce n’est pas de trouver des idées, c’est de garder la motivation ». Réunions régulières, formations, échanges avec d’autres hôpitaux… tout est fait pour entretenir l’élan.
L’éco-dialyse ne repose pas sur une innovation spectaculaire, mais sur une multitude de petits gestes. Des gestes qui, multipliés par des milliers de séances, peuvent transformer profondément l’impact environnemental des soins.
