Un nouveau guide pour une néphrologie plus responsable

Tout simplement parce qu’en trois ans, les connaissances et les pratiques ont évolué à grande vitesse. “Ce qui relevait hier encore de l’hypothèse ou de la piste de réflexion s’est aujourd’hui transformé en évidence scientifique et en actions concrètes”, indique le Professeur Didier Aguilera du CH de Vichy et membre du groupe Néphrologie verte/commission RSE de la SFNDT. Mettre à jour ce guide, c’est donc à la fois intégrer ces avancées, mais aussi relancer la dynamique collective.
Car l’enjeu est double : maintenir la mobilisation des équipes déjà engagées et embarquer de nouveaux acteurs dans une démarche de soins plus éco-responsable. Les patients, eux aussi, sont pleinement impliqués dans cette évolution. La logique du soin en partenariat, déjà présente dans les pratiques médicales, s’étend désormais à la responsabilité environnementale.
Autre évolution majeure : le périmètre du guide.
Le premier document était essentiellement centré sur la dialyse. Cette nouvelle version adopte une approche beaucoup plus large, organisée autour du parcours patient. Du dépistage précoce jusqu’à l’accompagnement de la fin de vie, toutes les étapes sont désormais prises en compte. Les progrès médicaux permettent aujourd’hui de détecter plus tôt les maladies rénales, de ralentir leur progression et de proposer des prises en charge moins invasives. Le guide intègre donc ces transformations et leurs implications environnementales.
Cette réflexion s’inscrit dans un contexte global préoccupant. “Les projections climatiques annoncent un réchauffement bien supérieur aux objectifs initiaux entre 2 et 4 °C d’ici 2100. L’Europe et la France seront particulièrement exposées. Les conséquences sanitaires sont déjà visibles : augmentation des lithiases, infections urinaires plus fréquentes, aggravation des maladies rénales chroniques. D’autres menaces émergent également : stress thermique, accumulation de toxines, exposition croissante aux microplastiques ou aux métaux lourds. Des données récentes montrent même une hausse de la mortalité chez les patients dialysés lors des périodes de forte chaleur.”
Face à ces constats, le guide se veut avant tout un outil d’action.
Il insiste notamment sur la réalisation du bilan carbone des activités de santé. Non pas comme une simple obligation réglementaire, mais comme un levier pour identifier des pistes d’amélioration concrètes. Des outils pratiques apparaissent également, comme un score environnemental de l’hémodialyse permettant aux centres d’évaluer leur progression vers une « dialyse verte ». La création de « green teams » au sein des services, l’intégration de l’impact carbone dans les choix thérapeutiques ou encore le recours accru à la télémédecine font partie des pistes explorées. Au-delà des solutions techniques, le guide ouvre enfin une réflexion plus large : celle de la responsabilité éthique du soin. Car soigner aujourd’hui implique aussi de préserver les conditions de santé des générations futures.
