Quand la voie orale réduit l’empreinte carbone des hôpitaux

Et si l’un des leviers les plus efficaces pour décarboner le système de santé se trouvait… dans la manière d’administrer un médicament ?

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Au sein de GBNA Santé, une démarche concrète explore cette piste : substituer autant que possible les traitements injectables par des formes orales. Une évolution qui touche à la fois l’organisation des soins, l’impact environnemental – réduction des émissions de gaz à effet de serre et des déchets – et la qualité de vie des équipes.

Les bilans carbone réalisés par GBNA indiquent que le top 3 des sources d’émissions sont les médicaments à hauteur de 34 %, les dispositifs médicaux pour 13 %, puis le transport des patients pour 12 %. Au total, médicaments et dispositifs médicaux représentent près de la moitié de l’empreinte carbone du groupe, soit environ 40 000 tonnes de CO₂ équivalent. Nous avons donc décidé de travailler sur les médicaments. Les formes injectables nécessitent cathéters, tubulures, seringues, etc et génèrent des déchets d’activités de soins à risques infectieux particulièrement émetteurs car ils doivent être incinérés à haute température. À l’inverse, la voie orale simplifie tout : moins de matériel, moins de manipulation, moins de déchets”, explique Tiphaine Coudret – chargé de mission RSE du groupe.

Les bénéfices de l’administration orale dépassent d’ailleurs la seule dimension environnementale.

La littérature scientifique souligne que l’administration orale peut améliorer la sécurité des soins en limitant les complications liées aux cathéters. Elle favorise aussi l’autonomie des patients et réduit la charge de travail des soignants. Un point crucial dans un contexte de tension sur les effectifs.

La Nouvelle Clinique Bel Air à Bordeaux a servi de laboratoire pour une substitution de traitements injectables par des formes orales. Initialement limitée à la prémédication ambulatoire en stomatologie, la substitution a nécessité quelques ajustements logistiques : stock suffisant de médicaments oraux, adaptation du flux patient pour tenir compte du délai d’action, ou encore évolution des protocoles. 

Une fois ces conditions réunies, la transformation a été rapide.

Aujourd’hui, la plupart des blocs de l’établissement privilégient la voie orale dès que possible. Et les résultats parlent d’eux-mêmes. Sur cinq molécules étudiées – amoxicilline, kétoprofène, néfopam, pantoprazole et paracétamol – l’empreinte carbone est passée de 51 tonnes à 1,5 tonne, soit 97 % de réduction. Les déchets ont chuté de 1,8 tonne à seulement 21 kilos.

Pour les équipes engagées dans la transition écologique des soins, la conclusion est sans appel : « cette substitution, c’est vraiment un levier majeur, peut-être le levier numéro un qu’on a en termes d’éco-conception des soins. »

La prochaine étape consiste à étendre la démarche. Une quarantaine de molécules disposant d’alternatives orales ont été identifiées. L’analyse des achats permettra de cibler les services prioritaires avant de convaincre les instances médicales – Comedims ou CME – d’adopter plus largement cette approche.

Tiphaine Coudret a présenté son action au Club Pharma du C2DS du 10 mars 2026.

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