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Bloc opératoire : où passent les résidus des médicaments injectables ?

Bloc opératoire : où passent les résidus des médicaments injectables ?

Au bloc opératoire, chaque geste compte. Mais qu’advient-il des médicaments injectables non utilisés ? Par précaution, pour éviter tout détournement ou mésusage, les résidus sont jetés. Longtemps, ces liquides ont fini dans des bacs DASRI, sur des compresses… parfois même dans les éviers. Un gaspillage discret, mais massif.

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En se penchant sur la question, l’équipe hospitalière du CH de Cannes a mesuré l’ampleur du phénomène : près d’un litre de médicaments liquides jetés par jour, dont une majorité d’anesthésiques comme le propofol, souvent préparés en amont « au cas où ».

Rapporté à l’activité, cela représente en moyenne 9 à 10 grammes de résidus par intervention. Sur onze semaines d’été, 11 kg ont ainsi été récupérés rien que pour le bloc opératoire ; 17,6 kg pour trois services entre juin et septembre 2024. À l’échelle d’une année, plus de deux tonnes de médicaments non utilisés ont été pesées à la pharmacie à usage intérieur, dont une part issue de ce nouveau dispositif.

Au-delà du coût économique, l’impact environnemental est réel. Certains produits présentent un indice PBT (persistance, bioaccumulation, toxicité) élevé. Encore faut-il disposer des données : la liste suédoise de référence ne couvre pas toutes les molécules utilisées au bloc.

Face à ce constat, plusieurs plans d’action ont vu le jour.

D’abord, sensibiliser les équipes en leur communiquant les volumes jetés et les risques environnementaux. Puis, encourager le recours aux seringues préremplies pour limiter les surplus — une solution efficace mais coûteuse. Enfin, repenser la gestion des déchets médicamenteux liquides.

C’est ainsi qu’est né un collecteur innovant, baptisé « LiquiDiMed ». Conçu en bois composite (sciure de pin valorisée et 20 % de biopropylène issu de résine), il permettrait de réduire jusqu’à deux tiers les émissions de CO₂ par rapport à un collecteur 100 % plastique. À l’intérieur, un sachet de gélifiant hydrosoluble capte les résidus liquides, évitant fuites et évaporation. En sept jours, près de 2,8 kg de liquides ont été collectés au bloc opératoire. Le format de 500 ml, renouvelé régulièrement, s’est révélé le plus adapté. Coût unitaire : 3,75 € HT.

Au-delà de l’outil, c’est un changement culturel qui s’opère.

Les anesthésistes préparent désormais les produits au moment nécessaire, et non plus systématiquement le matin. Les équipes, très réceptives aux enjeux de développement durable, se sont approprié la démarche. Les déchets sont réduits à la source, les déchets inévitables quantifiés, les médicaments sécurisés (dénaturation des stupéfiants) et la sécurité des professionnels de santé améliorée.

Cette expérience locale montre qu’une prise de conscience, appuyée par des données chiffrées, peut transformer les pratiques. Derrière les portes du bloc opératoire et de la pharmacie á usage intérieur du CH de Cannes, la transition écologique est en marche.

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