Le CH d’Armentières arrête l’usage du protoxyde d’azote et de certains gaz halogénés en anesthésie
Au cœur des Flandres, le Centre Hospitalier d’Armentières, membre du GHT Hôpitaux Publics Grand Lille, vient de franchir une étape majeure : depuis le 30 juin 2025, l’établissement a définitivement tourné la page du protoxyde d’azote, ce gaz hilarant aux allures inoffensives mais au lourd bilan carbone. Il entame de plus une sortie progressive des gaz halogénés en anesthésie. Une décision forte, prise dans une dynamique nationale, qui allie engagement écologique, amélioration des conditions de travail des soignants, sécurité des patients et efficacité médico-économique.

Un acte fort, responsable et sécurisé
Longtemps utilisé pour ses propriétés anesthésiantes et analgésiques, le protoxyde d’azote est un gaz à effet de serre près de 300 fois plus puissant que le CO₂. Son abandon, acté en 2025, s’inscrit dans une démarche globale de réduction de l’empreinte carbone du secteur hospitalier, tout en préservant la qualité des soins. « Nous ne pouvions plus ignorer la responsabilité climatique du protoxyde d’azote, ni les risques d’exposition chronique pour les équipes », explique le Dr Yannick Nani, anesthésiste-réanimateur. L’arrêt de son utilisation a été préparé avec soin, accompagné d’une montée en compétence des équipes sur les alternatives disponibles : anesthésie intraveineuse, hypnose, analgésie multimodale et techniques locorégionales.
L’impact sanitaire du protoxyde d’azote sur les soignants est également bien documenté : maux de tête, troubles neurologiques, altération de la vitamine B12, et effets à long terme liés aux fuites de gaz dans les circuits d’anesthésie de plus de 100.000 tonnes eq.CO2 en France. Sa suppression au CH d’Armentières a permis de réduire l’exposition passive des équipes, d’améliorer leur environnement de travail et de renforcer les contraintes techniques, notamment la surveillance des fuites et la maintenance des réservoirs de gaz.
Cette transition ne représente pas un surcoût, mais à l’inverse une économie de 7 711 euros par an.
Cette transition ne représente pas un surcoût, mais à l’inverse une économie globale. En supprimant le protoxyde d’azote, le CH d’Armentières a réduit ses frais de maintenance des circuits de distribution et éliminé les coûts liés aux consommables spécifiques à ce gaz. Une économie de 7 711 euros par an.
Une sortie progressive des gaz halogénés
Après l’arrêt du protoxyde d’azote, l’hôpital poursuit sa trajectoire décarbonée avec la suppression programmée du Desflurane, un gaz halogéné au PRG (pouvoir de réchauffement global) 2 540 fois supérieur à celui du CO₂. « On avait l’habitude d’utiliser des halogénés par réflexe. Aujourd’hui, on se pose davantage la question du pourquoi et on opte pour des techniques plus ciblées, moins polluantes, parfois plus confortables pour le patient », témoigne Alexandre Seghier, infirmier anesthésiste. Cette sortie s’accompagne d’une révision complète des pratiques et des équipements, pour une anesthésie toujours plus sûre et respectueuse de l’environnement.
Le CH d’Armentières s’inscrit pleinement dans la stratégie nationale de transition écologique du système de santé, portée par l’ADEME, le ministère de la Santé et la SFAR et se positionne comme un établissement pilote au sein de son GHT. Ces instances encouragent la suppression des gaz à fort impact carbone et le recours à des alternatives sobres, un modèle qui peut servir de référence pour d’autres établissements souhaitant amorcer une transition vertueuse sans compromettre la qualité des soins.
L’hôpital de demain se dessine aujourd’hui
Avec cette double initiative, le Centre Hospitalier d’Armentières prouve qu’un hôpital peut conjuguer excellence médicale, innovation organisationnelle et engagement environnemental. Une anesthésie durable est non seulement possible, mais elle devient une nécessité éthique, écologique et économique.
Ce projet, porté par les équipes, témoigne de l’engagement de l’ensemble des professionnels dans notre démarche plus globale de qualité et de maîtrise des risques.
Ce challenge réussi est le fruit d’une synergie entre professionnels de santé impliqués et responsables, dans une optique claire : comment amener un service de soins à devenir éco-responsable, au profit de la qualité et de la sécurité des usagers au quotidien. « Ce projet, porté par les équipes, témoigne de l’engagement de l’ensemble des professionnels dans notre démarche plus globale de qualité et de maîtrise des risques », souligne Nathalie Borgne, directrice déléguée.
