
Une décennie d’aggravation des effets néfastes sur la santé et un moment décisif pour tous
Parution le 28 octobre 2026 du rapport du Lancet Countdown sur la santé et le changement climatique.
Derrière ce rapport publié chaque année depuis 2015, un travail de recueil et d’analyse de 54 indicateurs permettant de visualiser les tendances, progrès et reculs, et de mettre en évidence les possibilités de répondre en protégeant la santé. Bilan 2025 :
Des menaces sanitaires qui s’accélèrent
- Depuis l’entrée en vigueur de l’Accord de Paris en 2016, les populations ont subi une aggravation des effets et des risques sanitaires liés au changement climatique, mais aussi, pour nombre de ces effets, une accélération de cette évolution par rapport à la décennie précédente
- Les impacts se produisent simultanément et se renforcent mutuellement, avec un risque systémique supérieur à la somme des indicateurs pris isolément
- L’adaptation est en retard
- Un poids disproportionné entre les personnes et les pays – Les baisses récentes de l’aide publique au développement réduisant encore davantage les ressources disponibles, aggravant les risques dans les pays les plus vulnérables et faisant peser des menaces croissantes sur la santé mondiale
- Les financements couvrent une part minoritaire des besoins déclarés
Domination persistante des fossiles dans l’énergie mondiale
- Des progrès bien réels depuis l’Accord de Paris, avec notamment un essor des énergies propres qui a dépassé les attentes, et la mobilisation du secteur de la santé
- Mais des émissions records, une trajectoire qui entraîne le monde au-delà des limites nécessaires à la protection de la santé, et une fenêtre d’action qui se referme
- Un affaiblissement du multilatéralisme, un engagement politique et institutionnel en matière de santé et de changement climatique est en train de reculer à travers le monde, et une montée de la désinformation qui menacent les acquis. La réforme ONU80 et celle de l’architecture sanitaire mondiale sont présentées comme une occasion à saisir.
- L’expansion continue des projets pétroliers et gaziers, avec des investissements et des bénéfices exceptionnels – 89 des 100 entreprises concernées ont augmenté leur prévision de production par rapport à 2016
- Les subventions aux énergies fossiles exercent une pression sur les finances publiques au détriment de la santé
Un avenir plus sûr reste possible
- Mais suppose une action rapide, systémique et fondée sur les preuves.
- Les signaux positifs : la première conférence sur la sortie des énergies fossiles et les pays qu’elle a réunis ; les décès évités grâce aux premières mesures d’atténuation dans de nombreux pays ; l’électrification des transports et les mobilités actives ; la transition vers des énergies domestiques propres ; le dynamisme économique et l’emploi du secteur des énergies propres, qui attire désormais plus d’investissements que les fossiles.
- La nécessité de politiques centrées sur la santé. La réforme ONU80 et celle de l’architecture sanitaire mondiale sont présentées comme une occasion à saisir.
Six recommandations au niveau mondial
Reconnaître le changement climatique comme urgence sanitaire mondiale ; en faire une priorité de la gouvernance mondiale ; promouvoir une réduction juste et équitable des émissions comme impératif de santé ; placer la santé au cœur de toute action climatique ; créer un commun mondial de données climat-santé ; et accroître les financements notamment sous forme de dons.
Recommandations pour le système de santé
Les systèmes de santé ont un rôle majeur à jouer dans l’adaptation au changement climatique et le renforcement de la résilience.
• Élaborer et mettre en œuvre, dans tous les pays et toutes les villes, des plans d’adaptation du secteur de la santé fondés sur des données probantes concernant les risques, la vulnérabilité et les besoins en matière d’adaptation, et assortis d’un soutien financier adéquat ainsi que de dispositifs institutionnels appropriés, d’ici 2030
• Généraliser l’accès à des solutions de refroidissement durables pour atteindre toutes les populations vulnérables d’ici 2035, y compris dans tous les établissements de soins de longue durée et les structures de santé. Veiller à ce que le refroidissement actif ne soit mis en œuvre que lorsqu’il est indispensable, qu’il soit à faible intensité carbone et qu’il soit complété par des solutions de refroidissement passif
• Mettre en place, dans chaque pays, des systèmes d’alerte précoce et d’intervention face à tous les risques sanitaires majeurs liés au changement climatique — en s’appuyant sur des données sanitaires et météorologiques — d’ici fin 2027 ; veiller à ce que ces systèmes atteignent tous les groupes vulnérables ainsi que les systèmes de santé, et à ce que les effets des phénomènes météorologiques extrêmes liés au changement climatique sur la santé soient réduits dans tous les pays d’ici 2030.

Les 54 indicateurs qui rendent compte des effets croissants du changement climatique sur la santé et mettent en évidence les possibilités d’y répondre en protégeant la santé.
Section 1 – Risques pour la santé, expositions et impacts (chaleur, feux, sécheresses, précipitations extrêmes, pollution de l’air due aux tempêtes de sable et aux poussières, maladies vectorielles, maladies hydriques, insécurité alimentaire et malnutrition – Exemple :
- Sur la dernière décennie, 68,4% des décès associés à la chaleur sont attribuables au changement climatique d’origine humaine – 71,5% en 2023
- En 2025, l’exposition à la chaleur a entraîné la perte de 573 milliards d’heures de travail potentielles, soit le deuxième niveau le plus élevé jamais enregistré et une augmentation de 35 % par rapport à la moyenne annuelle de la période 2006–2015
Section 2 – Adaptation, planification et résilience en matière de santé ; conditions favorables, mise en œuvre de l’adaptation et exécution ; vulnérabilités, risques pour la santé et résilience face au changement climatique – Exemple :
- En 2025, 249 (39,0 %) des 638 écoles de soins infirmiers à travers le monde proposaient un enseignement sur le climat et la santé
- – 75,8 % des États membres de l’OMS n’avaient pas déclaré avoir achevé une évaluation de la vulnérabilité et de l’adaptation depuis 2020
Section 3 – Mesures d’atténuation et co-bénéfices pour la santé – Consommation et production d’énergie, et santé ; qualité de l’air et co-bénéfices pour la santé ; Alimentation, agriculture et co-bénéfices pour la santé ; Perte de couvert forestier ; Émissions du secteur de la santé ; Émissions et dommages liés au secteur des soins de santé – Exemple :
- Alors que l’activité était quasi nulle en 2016, en mai 2026, 6,8 % des gouvernements nationaux ont publié des évaluations de qualité de l’empreinte de leur système de santé.
Section 4 – Economie et finance – Pertes économiques dues aux évènements climatiques extrêmes, pertes de revenu et d’heures de travail, impact financier de la pollution de l’air, emploi dans les secteurs à faibles et hautes émissions de carbone, transition net zero des pays, transitions financières (investissements, subventions, financement de la recherche en santé, besoins d’adaptation en santé…) – Exemple :
- En 2025, les phénomènes météorologiques extrêmes ont engendré 156 milliards de dollars US de pertes économiques à l’échelle mondiale, les pertes annuelles moyennes ayant augmenté de 70,1 % entre la période 2006–2015 et la période 2016–2025.
Section 5 – Engagement du public et des acteurs politiques en matière de santé et de changement climatique (médias, individus, scientifiques, gouvernements, organisations internationales, …) – Exemple :
- Constat principal : le nombre de lois sur le climat faisant référence à la santé a été multiplié par 50 entre 2000 et 2025, avec une forte augmentation après 2016.
