L’environnement, c’est notre santé

François Veillerette, directeur de Générations Futures

Que pensez-vous du PNSE 4 qui vient de sortir ? “Ce plan souffre d’un réel manque d’ambition, qui se traduit par l’absence de mesures importantes de réduction de l’exposition aux polluants environnementaux, aux facteurs de risque. Nous ne changeons pas d’ère. Les mesures sont éparses et proposent davantage des conseils comportementaux à destination des individus. Cette démarche éducationnelle nécessaire a ses limites et elle n’est pas ce qu’on attend de la puissance publique. La vision du PNSE 4 est ancienne et décalée par rapport aux attentes. La pétition contre les pesticides a obtenu plus d’1 million de signataires, l’alimentation bio affiche une croissance à deux chiffres, etc. l’attente des Français est forte.
Les exigences des associations sont spécifiques : obtenir des mesures nouvelles et innovantes, pas seulement sur le champ de la recherche mais aussi des mesures opérationnelles de retrait de substances. Sur la forme, nous regrettons le fort déséquilibre dans les forces en présence lors des très longues négociations : 3, voire 4 représentants d’ONG et un très grand nombre de représentants de l’industrie. Il est difficile de peser dans le débat. Au final, le PNSE 4 est une occasion ratée.”

Comment évaluer notre exposition ? “Nous avons un manque cruel de caractérisation des pollutions. La science de l’expologie est essentielle. Si nous disposions de registres des pathologies homogènes sur les territoires, nous serions en capacité de croiser ces bases et pourrions ainsi œuvrer en amont sur les émissions. Pour être cohérent, il faut établir des constats selon une méthodologie scientifique solide et basés sur des données, dont le recueil est la première étape. Sur ce point, on part de très loin. Sur des segments, comme celui des pesticides, nous avançons sur le retrait de certaines substances à l’aide de réglementations, mais sur d’autres sur lesquels la pression sociale est moindre, rien ne bouge. Or, nous avons besoin d’un horizon systémique.”

Pourquoi la santé environnementale ne décolle-t-elle pas ? “La prévention devrait être le maître mot en santé, sans même y penser. Alors qu’elle devrait être traitée à l’égal du soin, la santé environnementale est à des années-lumière derrière. Elle est un détail pour les ministres de la Santé avec lesquels nous avons parlé. Or, la prévention primaire par une action sur l’environnement de façon large (alimentation, habitat, travail, etc.) est indispensable à la santé. La question centrale est de savoir comment gérer la santé environnementale de manière globale et pas comme un sous sujet de la politique de santé. C’est une question éminemment politique qui doit être traitée à l’échelon national. Nous ne convainquons pas suffisamment.

Aujourd’hui, l’urgence est aux soins mais le concept du monde d’après est pourtant largement partagé. Si les déséquilibres écologiques ont été pointés comme un des responsables de l’épidémie, dans l’urgence de la gestion de crise, ces sujets ont totalement disparu. Une révolution culturelle est à opérer du côté des politiques et des professionnels de santé qui n’ont pas de formation sur la santé environnementale dans leur cursus. En poste, ils n’ont ensuite plus le temps de s’intéresser aux liens entre expositions et pathologies, même lorsque de lourdes maladies chroniques, facteurs aggravants de la Covid et très coûteuses pour le système de santé, explosent. Former les professionnels de santé est un préalable. Par ailleurs, la gestion comptable du soin ne nous prépare pas à un modèle de prévention primaire.

Faisons en sorte que cette crise devienne une opportunité pour remettre en question des politiques de santé dans toutes leurs dimensions. Je demande à être heureusement surpris par le Ségur santé publique annoncé par Olivier Véran. S’il réussissait en temps de crise ce que nous ne sommes pas arrivés à faire par temps calme, ce n’en serait que plus méritoire.”

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